ANALYSE

·

Politique & Institutions

Jeunesse dans la rue : le contrat est rompu

Jeunesse dans la rue : le contrat est rompu

Jeunesse dans la rue : le contrat est rompu

Lycéens, étudiants, Gilets jaunes : ils exigent que le système tienne sa promesse. Étudie, obtiens ton diplôme, trouve ta place. Sauf que cette promesse ne tient plus, et que ceux qui gouvernent font comme si de rien n’était.

Lycéens, étudiants, Gilets jaunes : ils exigent que le système tienne sa promesse. Étudie, obtiens ton diplôme, trouve ta place. Sauf que cette promesse ne tient plus, et que ceux qui gouvernent font comme si de rien n’était.

Lycéens, étudiants, Gilets jaunes : ils exigent que le système tienne sa promesse. Étudie, obtiens ton diplôme, trouve ta place. Sauf que cette promesse ne tient plus, et que ceux qui gouvernent font comme si de rien n’était.

28 OCTOBRE 2026

Lycéens sur le monument de la République, à Paris, lors de la manifestation du 6 octobre 2026. Visages floutés par OnWake.

Photo : FreCha / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Photo : FreCha / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Ils sont des centaines de milliers dans la rue depuis septembre. D’abord des lycéens, à Créteil, contre les professeurs jamais remplacés et les classes surchargées. Puis des étudiants, des enseignants, des parents. Le 17 octobre, les Gilets jaunes et les syndicats les ont rejoints contre la vie chère. Le 24, ils étaient encore 410 000 selon le ministère de l’Intérieur, près de 800 000 selon la CGT.

Ailleurs, la même génération descend dans la rue. En Albanie, les étudiants réclament des bourses, des logements dignes et un emploi après le diplôme. En Serbie, la liste issue du mouvement étudiant vient de remporter les élections législatives. Au Népal, la jeunesse a renversé le gouvernement en septembre 2025. Les causes diffèrent, et la corruption pèse lourd à Belgrade comme à Katmandou. Mais partout, cette génération exige la même chose : que le système tienne sa promesse.

Cette promesse tient en trois mots. Étudie. Obtiens ton diplôme. Trouve ta place. Elle n’a jamais été tenue pour tous, mais elle organisait les ambitions de presque tous. La colère de cette jeunesse est juste. Elle est même plus profonde que ce qu’elle réclame : ce contrat est rompu, et ceux qui sont chargés de le faire respecter raisonnent comme s’il tenait encore.

Il reposait sur trois règles. Aucune ne tient plus.

Première règle : le diplôme ouvre la porte

Au deuxième trimestre 2026, 21,6 % des jeunes actifs de 15 à 24 ans étaient au chômage, selon l’Insee. En un an, leur chômage a progressé de 2,5 points, contre 0,7 point pour l’ensemble de la population. Le diplôme ne protège plus comme avant : les recrutements de cadres débutants ont reculé de 19 % en 2024, selon l’Apec, et plus de huit jeunes diplômés de niveau bac+5 sur dix décrivent leur recherche d’emploi comme difficile.

Le diplôme reste nécessaire. Il n’est plus suffisant. Ce n’est plus un passeport, c’est un ticket pour une file d’attente.

Deuxième règle : on apprend son métier en commençant en bas

Pendant des décennies, l’entrée dans la vie active a suivi le même chemin. On commence par les tâches dont personne d’autre ne veut : rédiger, traduire, coder, synthétiser. On apprend en les faisant. Dix ans plus tard, on est devenu expert.

Ce sont précisément ces tâches que l’IA générative sait déjà faire. Une étude d’HEC Paris et de la Banque de France, publiée le 9 octobre, a suivi les embauches du secteur privé depuis 2019. Entre novembre 2022, date de la sortie de ChatGPT, et mars 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28 % dans les métiers les plus exposés à l’IA, contre 7,5 % dans les moins exposés. Chez les jeunes développeurs, la baisse atteint environ 42 %. Aux États-Unis, l’équipe de l’économiste Erik Brynjolfsson, à Stanford, observe le même mouvement dans les fiches de paie.

Personne n’est licencié. Les salariés en place restent, les départs ralentissent même. Ce sont les nouveaux qu’on n’embauche plus. Vu de l’intérieur des entreprises, rien ne bouge, et c’est pour cela que le débat public ne voit rien. Les chercheurs parlent de corrélation, pas de causalité, et la correction du secteur informatique après la pandémie y est pour quelque chose. Mais l’IA frappe à l’endroit exact où l’on apprend un métier. Sans débutants aujourd’hui, qui seront les experts de 2035 ?

Troisième règle : ceux qui gouvernent préparent l’avenir

Face à cela, qu’entend-on ? Le gouvernement a répondu aux lycéens sur le seul terrain de l’école : 3 000 professeurs remplaçants annoncés le 8 octobre, une plateforme pour recueillir les doléances. C’était nécessaire. Ce n’est pas une vision.

Les candidats à la présidentielle ne font pas mieux. Édouard Philippe résume son cap d’une phrase : « il va falloir qu’on travaille tous un peu plus ». Deux heures supplémentaires par semaine, exonérées de cotisations. La retraite portée à 65 ans. Fin août, au grand débat organisé par le Medef, sept candidats ont parlé pendant deux heures sans consacrer une seule séquence à l’IA. Gabriel Attal l’a relevé lui-même, en plein débat.

Ceux qui écrivent les règles n’auront pas à les subir. À l’Assemblée nationale, sept députés sur 577 ont moins de trente ans. Et l’on demande encore à une génération de faire confiance à des institutions qui la préparent au monde d’hier.

Le problème, ce sont les règles

Le problème n’est pas cette jeunesse. Ce n’est même pas l’IA, qui peut devenir le meilleur outil jamais mis entre les mains de quelqu’un qui débute. Le problème, ce sont nos institutions : un système périmé, dont les règles ont été écrites pour un monde de carrières en ligne droite, de diplômes qui garantissaient une place et d’entreprises qui formaient leurs débutants. Ce monde n’existe plus.

Voilà ce que cette mobilisation a d’étrange. Elle réclame à ce système de tenir ses promesses. Elle a raison d’être en colère. Mais il ne lui manque pas seulement des moyens. Il lui manque de nouvelles règles.

Trois règles à écrire

Apprendre à produire avec l’IA, pas seulement à s’en méfier. L’école commence à s’en saisir : depuis 2026, les élèves de 4e, de seconde et de première année de CAP suivent un parcours obligatoire de 30 à 45 minutes sur la plateforme Pix, et une heure par semaine est annoncée en seconde à la rentrée 2027. C’est un début, centré sur les risques. Il faut aller plus loin : apprendre à vérifier un résultat, à repérer une erreur, à mener seul ce qui demandait une équipe. Un débutant qui sait le faire n’a plus besoin qu’on lui laisse les tâches ingrates pour apprendre.

Compter ce qu’on sait faire, pas seulement le diplôme qu’on a. Si les premiers postes se raréfient, l’expérience se gagnera ailleurs : projets personnels, contributions à des logiciels ouverts, missions indépendantes. Les recruteurs, les écoles et l’État doivent apprendre à les reconnaître, au même titre qu’un diplôme.

Rendre le risque supportable. L’IA permet à une personne seule de faire ce qui demandait une équipe. Encore faut-il pouvoir essayer, échouer et recommencer sans tout perdre. Créer une activité, se former à trente ans, changer de métier : nos règles doivent faciliter ces choix au lieu de les pénaliser. Tout le monde n’a pas vocation à devenir entrepreneur. Mais personne ne devrait être condamné à attendre qu’une porte s’ouvre.

L’échelle

On a demandé à cette génération de gravir une échelle. Elle descend dans la rue parce que les barreaux du bas sont abîmés. Ce que personne ne lui dit, c’est que certains sont en train d’être retirés. On peut continuer à réparer les barreaux. Ou se demander, enfin, qui construit la prochaine échelle.

Sources

APRÈS LA LECTURE

L’article ne s’arrête pas ici.

Une erreur, une source qui manque, un désaccord argumenté : écrivez-nous. Quand une erreur est établie, nous corrigeons l’article et nous le signalons en bas de page.

Une erreur, une source qui manque, un désaccord argumenté : écrivez-nous. Quand une erreur est établie, nous corrigeons l’article et nous le signalons en bas de page.

Une erreur, une source qui manque, un désaccord argumenté : écrivez-nous. Quand une erreur est établie, nous corrigeons l’article et nous le signalons en bas de page.

01

OBJECTER

Contester un raisonnement ou corriger un fait.

02

AJOUTER UNE SOURCE

Apporter une donnée, une étude ou un document vérifiable.

03

TÉMOIGNER

Relier l’analyse à une expérience vécue ou professionnelle.

04

PROPOSER

Suggérer un prolongement ou un sujet voisin.

Le monde change. Soyez prévenus.

Une analyse, un billet, un dossier : ce qui déplace le pouvoir, directement dans votre boîte mail. Gratuit, sans publicité.

S’INSCRIRE →

Le monde change. Soyez prévenus.

Une analyse, un billet, un dossier : ce qui déplace le pouvoir, directement dans votre boîte mail. Gratuit, sans publicité.

S’INSCRIRE →

Le monde change. Soyez prévenus.

Une analyse, un billet, un dossier : ce qui déplace le pouvoir, directement dans votre boîte mail. Gratuit, sans publicité.

S’INSCRIRE →

OnWake.

OnWake.

Soyez prévenus.

S’INSCRIRE →

CONTACT@ONWAKE.FR

CONTACT@ONWAKE.FR